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Ce qui n’était au départ qu’une alternative de voyage en période de distanciation sociale est devenu une tendance durable. La « vanlife » - une manière minimaliste de voyager (ou de vivre) dans un van ou un camping-car aménagé a connu un essor fulgurant pendant la pandémie. Elle offrait en effet un moyen relativement économique et sans foule de découvrir le monde, d’explorer le monde, à un moment où de nombreuses personnes pouvaient télétravailler depuis n’importe où.

Pour évaluer si cette tendance a résisté à l’après-Covid, le spécialiste des pièces automobiles Motointegrator s’est associé aux experts de DataPulse Research afin d’analyser les activités liées au camping en véhicule et les immatriculations à travers l’Europe.

Leur analyse révèle que la France est le pays qui accueille le plus de campeurs. Entre mai et septembre, période de pointe du camping, les vacanciers ont passé 92 millions de nuits dans des campings, parcs pour camping-cars et aires de caravaning en France. Cela représente près de la moitié de toutes les nuitées touristiques dans enregistrées le pays sur cette période de cinq mois - l’autre moitié étant répartie entre hôtels et autres hébergements classiques. L’Allemagne arrive loin derrière avec 31 millions de nuitées en camping.

D’autres pays européens affichent aussi une forte affinité avec le camping : le Danemark (44 % des nuitées estivales passées en camping), la Suède (37 %) et les Pays-Bas (33 %).

Mais la France se distingue nettement, non seulement par le nombre total de campeurs accueillis, mais aussi par la proportion élevée de voyageurs étrangers : environ un tiers des campeurs ne sont pas Français, venant principalement des Pays-Bas, d’Allemagne, de Belgique et du Royaume-Uni.

Le rêve vanlife

La pandémie a donné envie à beaucoup d’adopter un mode de vie plus libre, plus proche de la nature. Dès juin 2020, plusieurs mois après le début de la pandémie en Europe, RTL rapportait un boom des immatriculations de camping-cars en France, tandis que les locations explosaient de +50 % par rapport à l’année précédente.

La pandémie a certes attisé la culture vanlife, mais l'étincelle était déjà bien là avant que le Covid ne contraigne les hôtels et les chambres d'hôtes traditionnels à fermer leurs portes. Le mouvement #vanlife remonte au début des années 2010, quand l’Américain Foster Huntington a quitté son emploi à New York pour vivre sur la route. Il a rencontré en chemin toute une communauté de personnes partageant cette philosophie, héritée du mouvement hippie des années 60. Huntington partageait son quotidien sur les réseaux sociaux sous le hashtag #vanlife, inspirant toute une génération de jeunes éprise de liberté.

Ce style de vie autrefois marginal a depuis conquis le grand public, comme en témoigne la couverture médiatique mondiale croissante qui lui est aujourd’hui consacrée.

Avec la pandémie et la fin des contraintes de bureau, de nombreuses personnes ont profité de leur liberté nouvelle pour se lancer dans leur propre aventure routière. À travers l’Europe, le nombre de véhicules de loisir (caravanes, vans aménagés) a bondi comme le montrent les graphiques ci-dessous. Même si les immatriculations se stabilisent aujourd’hui, cela ne signifie pas que l’intérêt faiblit.

Les immatriculations de caravanes servent d’indicateur indirect pour estimer le nombre réel d’adeptes de la vanlife. Les chiffres officiels ne tiennent probablement pas compte du grand nombre de vans réaménagés, très prisés par la communauté vanlife. Ces véhicules - souvent d’anciens utilitaires ou fourgons de livraison - connaissent un véritable engouement en raison de leurs possibilités de personnalisation économiques et de leur grande flexibilité. Contrairement aux grandes caravanes ou aux camping-cars de type bus, ils sont plus faciles à conduire et à stationner, tout en offrant un confort supérieur à celui d’une tente.

Cet intérêt croissant pour les véhicules de camping personnalisés, souvent plus compacts, se reflète également dans le comportement de recherche en ligne. Les données de Google France montrent une hausse nette des recherches des termes comme « van aménagé » ou « fourgon aménagé », notamment depuis 2020. Cela vient s’ajouter à l’intérêt soutenu pour le terme plus traditionnel de « camping-car », révélant un enthousiasme large et en constante évolution pour les vacances nomades.

Répondre à la demande croissante

La France jouit depuis longtemps d’une solide réputation auprès des amateurs de camping. Elle concentre à elle seule 29 % de la capacité d’hébergement de plein air en Europe, selon la Fédération Nationale de l’Hôtellerie de Plein Air (FNHPA). Après une baisse initiale pendant les périodes de confinement, la fréquentation des campings a fortement augmenté dans tout le pays, et reste depuis à un niveau élevé. En 2024, le nombre de nuitées en camping était ainsi supérieur de 10 % à celui de 2019 et de 29 % à celui de 2014.

Selon un rapport récent de la FNHPA, les réservations de campings en avril 2025 ont encore progressé de 1 % par rapport à 2024. L’année s’annonce donc globalement stable par rapport à l’année précédente. Si cette tendance se confirme, 2025 marquera la quatrième année consécutive d’activité élevée dans les campings français depuis la pandémie.

Les zones de camping les plus fréquentées en France sont celles où se concentrent le plus grand nombre d’infrastructures, notamment sur le littoral, qui représente à lui seul plus de la moitié des nuitées enregistrées.

Cela dit, les statistiques officielles des campings ne reflètent pas pleinement l’essor de la vanlife en Europe. De nombreuses personnes stationnent leur van en dehors des campings traditionnels, ce qui les exclut des chiffres officiels. Le camping « sauvage » ou « libre » est difficile à suivre, d’autant plus que les règles varient selon les pays. Selon le site Camperguru, dans des pays comme la France, l’Allemagne ou l’Espagne, le stationnement peut être toléré dans certaines zones, mais pas dans d’autres. La Suisse, l’Australie, la Slovénie et les Pays-Bas sont plus stricts et susceptibles de verbaliser. À l’inverse, la Norvège, la Suède et la Finlande sont beaucoup plus souples, autorisant le stationnement et la nuitée sur la voie publique.

L’avenir de la vanlife

La vanlife n’est pas seulement une façon de voyager, c’est une manière de vivre et de créer des liens communautaires. Au printemps 2025, pas moins d’une demi-douzaine de festivals et salons consacrés à la vanlife sont organisés en France, d’après le site Simplevans.

« Le monde post-pandémie a peut-être retrouvé les avions, les hôtels et les villes bondées, mais la vanlife continue d’offrir autre chose : de la flexibilité, de la solitude, un sentiment d’appartenance et une pause bienvenue face au rythme effréné et au tourisme hyper-planifié que nous connaissons. »
Anna Ganska
PDG de Motointegrator

La pérennité de la vanlife repose donc moins sur les véhicules eux-mêmes que sur un état d’esprit. Tant que les gens chercheront plus d’autonomie, un mode de voyage abordable et une connexion plus authentique aux lieux qu’ils traversent, l’attrait de la vie sur la route restera intact.

Méthodologie
  1. La carte européenne du camping estival est basée sur le ratio entre les nuitées en camping et les nuitées touristiques totales par pays, de mai à septembre 2024.
  2. Les données de véhicules de loisirs par habitant en Europe sont issues des statistiques d’immatriculations de véhicules de loisirs (caravanes et camping-cars) fournies par la Fédération européenne du caravaning (European Caravan Federation), rapportées à la population de chaque pays pour chaque année. Les données démographiques proviennent de Eurostat et des portails de données des Nations Unies.
  3. L’évolution des nuitées en camping en France correspond à la variation cumulée en pourcentage du nombre de nuitées depuis 2014.
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